Tableaux de Pivet
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Pierre Pivet, artiste peintre d’origine française, est né en Normandie en 1948. À l’âge de cinq ans, il quitte sa région natale pour Paris, où s’étaient établis ses parents. Issu d’une famille modeste peu encline à favoriser sa scolarisation et très peu portée sur les arts et la culture, M. Pivet s’est vu très tôt promis à un travail quelconque pour gagner sa vie. Il rêve de toutes sortes de métiers « raisonnables », tout en dédiant son temps libre au dessin et à la peinture. Adolescent, il commence à lire tous les ouvrages sur la peinture qui lui tombent sous la main et à courir les expositions avec son frère Rémi. À partir de 1972, entre les voyages de découverte en Amérique du Nord et au Maghreb, il se consacre entièrement à la peinture. Il complète sa formation artistique par quatre années d’études à l’Académie Port-Royal, à Paris, où il obtient le premier prix en 1976. En 1983, il s’installe à Montréal, d’où il travaille depuis lors. M. Pivet expose dans plusieurs pays. Il suscite depuis quelques années de plus en plus d’intérêt, tant de la part de collectionneurs privés que de galeries et de sociétés qui lui confient des projets d’envergure.

Pierre Pivet
par Jules Arbec (article paru dans le Guide Parcours, magazine d’art canadien)
D’abord marqué par le poids d’un enseignement académique, Pivet parviendra à se libérer d’une formation sclérosée tout en conservant les éléments positifs. Les grands noms de la peinture seront ses véritables maîtres : Rembrandt, Vermeer puis le Greco alimenteront tour à tour ses recherches. Le traitement de la lumière caractéristique de Rembrandt puis le trait vif et lyrique de Greco guideront au départ l’artiste dans sa démarche. Par la suite, il sera envoûté par un Cézanne lui offrant cette ordonnance de la forme, cette consistance des volumes dont la rigueur et le rendu évoquent les maîtres flamands qui l’avaient jadis influencé. Braque orientera ensuite sa conception de l’espace et du dessin, transformations auxquelles Gauguin, mais surtout Matisse ne seront pas étrangers.

Si l’on peut certes parler d’influences, la démarche de Pivet fait davantage penser à une communauté de pensées et de sensibilités qui réunissent des créateurs bien au-delà des générations et des esthétiques. L’artiste a su intégrer, amalgamer diverses tendances – le résultat bouscule nos repères et nous surprend – en ramenant son propos à un espace intimiste qui nous semble replié sur lui-même, mais qui se développe de l’intérieur au moyen de fragmentations des différents plans réunis par la couleur. Dans cet espace intimiste, il laisse parler les objets sous un éclairage feutré comme s’ils chuchotaient, comme si les choses importantes étaient exprimées à demi-mot. Le dialogue s’instaure ainsi entre les personnages et les objets que l’artiste affectionne tout particulièrement.

Chez Pivet, ces peintures que l’on qualifie à tort de « natures mortes » deviennent une expression bien vivante. D’ailleurs, ses toiles sont toujours habitées par la présence humaine, même si les êtres en semblent absents, car les objets renvoient immanquablement à la présence ou à l’omniprésence humaine. On pourrait parler de présence-absence, ou vice versa, mais Pivet accorde peu d’importance à de telles considérations dans la mesure où ses tableaux se veulent avant tout une saisie simple et directe de la réalité. Cela n’exclut pourtant pas la symbolique. L’artiste entretient en fait une certaine distance par rapport aux sujets et aux objets qu’il traite, recul qui lui permet justement une meilleure appréhension de la réalité. Il crée ainsi un espace d’échange entre lui et son œuvre, et c’est ce contexte qui favorise l’autonomie de cette dernière.
Les couleurs revêtent une importance primordiale dans le travail de Pivet. Les différents registres chromatiques qu’il a retenus des Fauves contribuent à l’agencement des plans qui fractionnent la surface du tableau. La lumière prend toute sa dimension en devenant presque le souffle même de l’œuvre. Tableau après tableau, on retrouve cette trouée lumineuse d’où la lumière jaillit pour caresser les formes, pour leur donner une présence agissante. Dans ses récents tableaux, l’éclairage émane directement des formes plutôt que l’inverse, ce qui donne à l’œuvre une intériorité, une densité d’expression qui vont bien au-delà du propos évoqué. À travers sa peinture, Pivet nous offre l’endroit et l’envers d’un réel toujours à saisir.